Martine Aubry

Source : Le Monde

Attelage hétéroclite, dimanche 1er juin, au rassemblement des "Recontructeurs". Regroupement transcourant constitué pour faire barrage au duel annoncé entre Ségolène Royal et Bertrand Delanoë, ce pôle regroupe aussi bien des partisans de Laurent Fabius, de Dominique Strauss-Kahn, d'Arnaud Montebourg que de Martine Aubry.

Et c'est justement la maire de Lille, réélue dès le premier tour en mars, qui était la vedette du rassemblement. "Je suis heureuse de venir à une réunion où nous allons laisser nos petites querelles passées à l'entrée et rentrer avec ce que nous avons d'essentiel en commun, c'est à dire nos valeurs", a déclaré Martine Aubry au début de la réunion. "Je suis fière de pouvoir dire : on va retrouver une gauche enthousiaste, joyeuse, fière d'elle, fière de ses valeurs et qui a envie de les porter collectivement", a-t-elle ajouté.

Selon l'ex-numéro 2 du gouvernement Jospin, dans la société d'aujourd'hui, "la soi-disant liberté individuelle est devenue de l'égoïsme et de l'individualisme, la soi-disant concurrence du marché est devenue la loi du plus fort, porteuse d'inégalités". Comme on lui demandait si cela signifiait qu'elle n'approuve pas le modèle libéral, elle a répondu : "On peut le dire ainsi".

"CARTEL DES NON"
Officiellement, les "Reconstructeurs" n'étaient là que pour débattre du fond, loin du combat des chefs, et non pour mettre en piste une personnalité susceptible d'incarner une troisième voie. Pour Arnaud Montebourg, les "Reconstructeurs" sont "une force d'interposition pour nous débarrasser de la guerre des chefs". Laurent Fabius a estimé que cette démarche était "ce qu'il y a de plus nouveau, de plus utile aux Français qui a été fait au PS depuis des années et des années".

Mais la personnalité de Martine Aubry pourrait permettre de dégager un consensus parmi une partie des 800 cadres et élus présents dimanche, pour une éventuelle candidature au congrès de Reims, prévu à la mi novembre.

Si la maire de Lille se garde bien de dévoiler son jeu, elle a déjà suscité des réactions exaspérées, y compris au sein des "Reconstructeurs" : "Je ne suis pas venu adouber un troisième présidentiable, alors que j'ai toujours milité contre la présidentialisation du Parti socialiste. Ne personnalisons pas à outrance ce débat-là", a prévenu Pierre Moscovici, lui même candidat au poste de premier secrétaire, qui craint l'émergence d'un "cartel des non", à Bertrand Delanoë et Ségolène Royal.

Le député de l'Essonne Manuel Valls a critiqué sur France 2 le rassemblement des "Reconstructeurs", estimant que "l'idée de rassembler tous ceux qui ne veulent ni Delanoë, ni Ségolène Royal (...) ça ne marchera pas", a estimé M. Valls, partisan d'une relève "générationnelle". Dans un entretien à Libération, samedi, Ségolène Royal a estimé que que les "Reconstructeurs" "veulent que rien ne bouge, que tout reste comme avant".