Source : Ouest-France
La Laiterie de Saint-Malo a été bloquée lundi matin par des producteurs de plus en plus nerveux.Ils veulent retrouver les prix d’il y a quelques mois, à savoir 300 € les 1 000 litres.
« C’est la détresse complète dans notre profession. Il y avait ce matin des gens qu’on ne voit jamais dans une manifestation. Si ça continue, ça va devenir incontrôlable », prévient un syndicaliste paysan. La manifestation se voulait « plutôt amicale » devant la Laiterie de Saint-Malo où une délégation a été reçue.
Il poursuit : « Si nous n’obtenons pas l’esquisse d’une réponse sur le prix du lait d’ici la fin de la semaine, nous monterons des opérations commandos. Pour nous, c’est une question de survie. Nous nous ferons entendre des élus qui ne disent pas grand-chose. » L’État en prend également pour son grade parce qu’il laisse faire et ne dit rien.
800 producteurs dans le secteur
Jean-Baptiste Mainsard, responsable de la FDSEA du pays de Saint-Malo résume la situation en chiffres : « Le revenu moyen mensuel d’un agriculteur d’Ille-et-Vilaine est d’environ 900 € par mois, sur la base de 15 000 à 18 000 € par an, moins 40 % de charges. Les exploitations sont souvent familiales : 50 à 60 ha et une trentaine de vaches pour 220 000 litres par an. »
« On nous paye 203 € les 1 000 litres contre 300 € auparavant, poursuit-il. 300 €, c’est le minimum pour joindre les deux bouts. Faites le calcul : quel salarié accepterait une telle amputation ? Il y a 160 à 180 jeunes qui s’installent chaque année dans le département : sans une garantie annuelle, quels banquiers les suivront ? Ce sont des investissements sur 15 ans. »
Il y a également le coût qu’ont subi les professionnels pour se mettre aux normes, ou encore des agios qu’ils paient. « Est-ce que notre trésorerie doit suppléer le manque à gagner : aucune entreprise ne le fait ! » Dans le pays de Saint-Malo, il y a environ 800 producteurs de lait, mais selon le syndicaliste, il faut ajouter cinq fois plus d’emplois qui en dépendent.
À la Laiterie de Saint-Malo, où le patron Rémy Gizard les a reçus, on met quelques petits bémols : ici, on paie 212 € les 1 000 litres, et de janvier à mars, on a payé 332 €. Pour lui, c’est l’Europe qui a créé un surplus inutile de septembre 2007 à mars 2008, qui se traduit pour la Laiterie par deux mois de stock de poudre de lait. Et là dessus se greffe la crise qui fait baisser de 30 % le volume de la consommation chez les chocolatiers.
Rémy Gizard critique l’État qui a mis fin en juillet à un système de prix convenu par l’interprofession pour toute la filière, au motif que c’était une atteinte à la concurrence. Il milite lui aussi pour un prix moyen annuel garantissant les quotas, et souhaite que la négociation démarre immédiatement. Mais il ne se voit pas payer d’avantage alors que le prix de la poudre de lait a baissé de 50 %.
Autre cible désignée par les producteurs : les grandes surfaces qui feraient pression sur les transformateurs. Après Dol la semaine dernière, d’autres enseignes risquent d’avoir de la visite.
Gérard LEBAILLY.
Ouest-France
Mots-clefs : consommateurs, grandes surfaces, laiterie de saint-malo, producteurs de lait
